Accord sur le nucléaire : l'instabilité croissante du Moyen-Orient.


Cela faisait bien longtemps que sa perruque blonde n'avait pas hérissé les poils de nos collègues européens. Mais fidèle à lui-même (et à ses promesses), le président américain Donald Trump décide de frapper un grand coup (bien qu'il ne s'agissait pas d'une surprise) et se retire de l'Accord de Vienne sur le nucléaire iranien. 
Avant de s'insurger de cette nouvelle, peut-être faut-il dans un premier temps se rappeler ce qu'est cet Accord, obscur aux yeux de beaucoup. 

Le Plan d'Action Global Commun (PAGC ou JCPoA en anglais), est un accord signé à Vienne le 15 juillet 2015 entre le P5+1 (membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU + Allemagne), l'UE et l'Iran. L'objectif principal de cet accord est de contrôler le programme nucléaire iranien qui avait été (ré)entrepris par le président Ahmadinejad en 2005. En 2006, le président se félicite de l'enrichissement de l'uranium. Les centrifugeuses se multiplient et la panique commence à gagner l'Occident à mesure où l'Iran refuse tout pour-parlers
L'entrée en fonction de Rohani en 2013 à la présidence iranienne change la donne. Ce dernier se dit prêt à des négociations. Cela aboutira après quelques années et beaucoup de discussions à l'Accord de Vienne. 
L'accord prévoit entre autres : 
- l'engagement de l'Iran à ne plus produire l'uranium enrichi à plus de 3.7% pendant 15 ans.
- L'Iran ne démantèlera aucun de ses sites nucléaires, mais n'en construira plus. 
- Réduction du nombre de centrifugeuses...

En bref, le but est d'empêcher un usage militaire de la force nucléaire. En échange, les sanctions internationales qui étaient en vigueurs contre le pays sont levées. 
Il y a de quoi se poser des questions sur la logique d'un tel accord. Bien que soumis au contrôle régulier de l'AIEA (l'Agence Internationale de l'Energie Atomique), le véritable respect de cet accord par l'Iran laisse planer des doutes. Et ces doutes servent aux jeux diplomatiques entre les divers Etats. 

Trump ne fait que relancer un jeu auquel tout le monde jouait il y a quelques années... Mais plutôt que de s'insurger et de commencer à préparer un bunker au fond de votre jardin, il serait plus rationnel de s'attarder sur les réelles conséquences de ce départ américain. 

Iran - Israël : l'escalade des rivalités. 

Bien que les deux puissances ne furent jamais liées par une grande amitié, la (temporaire) stabilité qui régnait jusqu'à présent laissait penser à un désintérêt commun débouchant sur une paix impromptue
C'était sans compter l'imprévisibilité du géant américain. Jeudi 10 mai, Israël a mené pas loin d'une dizaine de raids aériens meurtriers contre des cibles iraniennes en riposte à une prétendue attaque de ces derniers sur le territoire du plateau du Golan contrôlé par l'état hébraïque. Alors véritable cri de guerre ou simple avertissement ? 

Bernard Hourcade (chercheur CNRS) penche pour la théorie du combat de coqs. Les deux puissances profitent du chaos régional pour montrer "leurs muscles" plus que pour prouver un véritable point. 

Pour le Premier ministre israélien Netanyahu, il s'agit d'une "ligne rouge" qui vient d'être franchie. Un comique de situation quand on sait qu'Israël est à l'initiative d'un nombre incalculable de d'attaques contre les forces iraniennes et Hezbollah depuis 2011. 

Malgré la multiplication des provocations, d'un côté comme de l'autre, "la confrontation semble inévitable" selon Elisabeth Marteu (IISS). Et pour cause, l'Histoire est chargée entre ces deux pays. L'intervention américaine, et plus généralement occidentale, au Moyen-Orient n'a eut pour effet que l'embrasement des tensions qui existait déjà depuis des centaines d'années. 

Rien d'étonnant qu'il y ait quelques attaques échangées dès le retrait américain de l'accord. 

L'Europe ne sait plus où donner de la tête. 

Toujours à l'affut de la moindre occasion pour cracher son venin bien-pensant sur des situations de crises qui la dépasse largement, l'Europe se retrouve bien embêtée de se voir abandonnée par papa-USA. 

La crise syrienne est déjà une calamité sur de nombreux points, la pseudo-stabilité libanaise laisse toujours imaginer le pire, le culot de l'Arabie saoudite accentue l'imprévisibilité de la région et désormais l'Iran est en roue libre
De plus, les menaces américaines qui planent autour de l'Iran ont de sérieuses conséquences sur la France et sur les boites européennes implantées dans le pays oriental. 
Airbus, Total ou encore Renault, les exportations françaises ont bondi de 500 millions d'euros en 2014 à 1,5 milliards en 2017 grâce aux contrats passés avec l'Iran. 90 jours, c'est le temps imparti par les Américains pour mettre fin à tout business avec les iraniens. 

Porter du noir car il s'agit d'une période de deuil notamment pour Airbus... 

Sans parler du fait que l'explosion de l'accord qui régulait (plus ou moins) l'armement nucléaire iranien amène à réfléchir autour d'une possible course entre les orientaux dans la confection de l'arme suprême. 

Une décision qui ne semble pas affecter la Russie.

Le chef du Kremlin est passé mettre dans la culture de l'indifférence. Allié de la Syrie et de l'Iran, aucun contact depuis la décision américaine n'a été fait entre les puissances. Une stratégie qui permet non seulement de temporiser la situation (tant la Russie est devenu un acteur incontournable du Moyen-Orient) mais également de préserver ses intérêts le temps de trouver une solution sur le long terme. Un rôle d'intermédiaire que Poutine affichait le 9 mai dernier en recevant le Premier ministre israélien dans une ambiance tout à fait cordiale. 

Cordialité qui peut vite se ternir avec l'ombre des sanctions américaines, mais la patience n'a-t-elle toujours pas réussi à la Russie ? 

À mesure où les liens entre l'Occident et l'Orient sont de plus en plus fragiles, les puissances traditionnelles font leurs grands retours dans la géopolitique actuelle en créant de nouveaux blocs, rappelant timidement la période de la Guerre froide. Etats-Unis, Arabie-Saoudite et Israël d'un côté, Russie, Iran et Syrie de l'autre... 

Comptoir Incorrect

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