Loi Fake News : Protection ou menace démocratique ?


Le président Macron nous a offert le mercredi 3 janvier un joli remix du célèbre J'accuse ! de Zola face aux journalistes en déclarant la naissance d'un nouveau texte de loi visant la réglementation des informations circulant en période d'élection.

Un noble objectif que de vouloir encadrer la prolifération croissante d'une information toujours plus biaisée. Mais comme toute décision juridique, l'aspiration politique qui s'y cache n'est jamais très loin...

Crédulité et Responsabilité

Il y a plusieurs sens au terme de "fake news". L'appellation anglo-saxonne à tendance à l'employer de manière à évoquer une falsification, une imitation alors que l'emprunt français traduit d'une imposture ou encore d'un trucage. De part ce lexique vaste et minutieux, le cadre qui va délimiter le champ d'application de la loi ne sera pas facile à mettre en place et peut vite déboucher sur une situation similaire à celle que connait le terme de "laïcité" (à savoir représenter tout et son contraire).

L'apparition de ces "fake news" n'est pas étrangère à l'avènement croissant des réseaux sociaux et surtout à la prépondérance massive de Twitter dans les journaux quotidiens qui ont tendance à oublier qu'il s'agit d'un site constitué de 90% de trolls et non de journalistes.

Encadrer la prolifération des "fake news" a donc plus comme volonté de lutter contre la crédulité (ou la naïveté ?) du peuple. Une crédulité qui ne tombe pas du ciel. Et il s'agit peut-être plus d'un moyen pour le pouvoir en place de se déresponsabiliser face au journalisme actuel : c'est de leur faute et non la notre. Comme nous l'avons vu dans un précédent billet sur le sujet, le pouvoir politique et le contre-pouvoir journalistique vont de pair. Viser les informations qui circulent sur le net relance la guerre qui existe entre les deux élites intellectuelles du pays. Au final, que l'information soit vraie ou fausse importe peu. Des années d'abus politique ont nécessairement conduit à un dégoût massif de cette classe et l'utilisation d'un outil médiatique pour exposer cet abus amène à faire circuler tout et n'importe quoi.

L'invention du concept de "fake news" pourrait donc traduire la crédulité du peuple qui s'explique notamment par la multiplication des excès politiques ayant violé purement et simplement le peu de confiance qu'il restait entre le peuple et ses représentants. L'information falsifiée qui en découle n'est donc qu'une conséquence logique de cette situation. Les réseaux sociaux et les partages qu'ils engendrent sont une cible idéale pour tout dédouanement.

Vengeance et politique

Si Macron prend tellement à coeur ce sujet, c'est peut-être aussi par fierté personnelle. En effet, durant la période électorale de 2017, il avait été le sujet préféré des tabloïds et des journalistes. Sa vie personnelle fût le centre de la vie politique pendant plusieurs semaines allant jusqu'à exposer ses orientations sexuelles... Possédant désormais le trône royal, une vengeance semble bien humaine comme réaction.

Mais évidemment, il ne s'agit pas que de cela. L'évocation du terme "démocraties illibérales" lors de son discours du 3 janvier a éveillé les soupçons quant à une possible visée du système russe et à la prolifération du site internet russe Sputnik réputé pour son côté provocateur et agressif vis-à-vis de nos systèmes politiques.

En tout les cas, ce qui ressort de cette volonté politico-juridique est le concept même d'une information neutre et objective. Existe-t-elle vraiment ? Et quand bien même cela serait possible, comment, en période d'élection, réglementer une information transmisent par des quotidiens assumés orientés (le Monde, le Figaro...) ? Il faudrait donc réguler les financements que reçoivent ces journaux ? Il faudrait donc ré-écrire l'histoire de ces grands pontes du journalisme et les sanctionner sous prétexte qu'on a inventé un nouveau terme (fake news) alors même que les journaux traditionnels en sont les premières victimes ? L'animosité entre politique et journaliste semble avoir encore de beaux jours devant elle....

Pour aller plus loin

1) Ce que devrait contenir la loi. (Les Échos)

2) Les mesures alternatives pour lutter contre les fake news (Huffington)
3) Un combat personnel (Le Parisien)
4) Sondage (Le Figaro)
5) Une menace disproportionnée (Sputnik)
6) Une loi pour faire reculer les fake news (Libération)

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