Yémen : la guerre oubliée.


Alors qu'au Liban une énième crise politico-religieuse semble avoir été évitée de justesse, le conflit sunnito-chiite ne s'en retrouve pas affaibli pour autant. La guerre civile yéménite se poursuit dans un silence médiatique affligeant. La Syrie avait concentré les regards internationaux sur sa situation pendant un temps avant de passer le flambeau à la Birmanie depuis quelques mois. Entre ces deux situations aussi catastrophiques l'une que l'autre, le Yémen est pourtant un prétendant à l'attention médiatique qui mérite d'être étudié.

Yémen : aux origines de la guerre.

Le premier soulèvement a lieu en 2004 avec la guerre du Saada. La marginalisation de la communauté chiite houthis déboute sur un soulèvement de ces derniers. En janvier 2011, le soulèvement devient véritablement révolutionnaire lorsqu'il s'attaque au régime du président Abd Abdallah Saleh alors au pouvoir depuis 1978. C'est alors M. Hadi qui reprendra le flambeau de la présidence pendant une période censée être transitoire pendant 2 ans. Mais le soulèvement ne s'arrête pas là puisqu'en septembre 2014, les rebelles houthistes s'emparent de la capitale Sanaa avec l'appui cette fois-ci de l'ancien président Saleh. Un retournement de situation qui vient mettre fin à la période de transition et enfonce un peu plus le pays dans une guerre civile. Une situation critique qui vient attirer l'attention de l'Arabie Saoudite qui organise l'opération "Tempête décisive" avec la bénédiction de la majorité de la communauté internationale (dont les USA, la France et l'Angleterre). En juillet 2015, les forces antihoutistes reprennent enfin le contrôle d'Aden, une des plus grandes villes du pays. Le gouvernement Hadi viendra y installer son gouvernement par intermittence. En mai 2017, les rebelles déclarent l'urgence sanitaire suite à l'émergence drastique de cas de choléra. 

Le résultat de cette guerre civile est tel que l'étonnement d'une couverture médiatique aléatoire ne peut être que justifié. En effet, 70% des 30 millions d'habitants seraient victimes de malnutrition les exposant ainsi à une famine de grande envergure. Sans oublier les cas de choléra qui, selon la Croix Rouge, sont suspectés d'atteindre près d'un million de personne. Cela en fait la plus grande épidémie de choléra jamais enregistrée. Le bilan humain est tout aussi dramatique. La guerre aurait fait jusqu'ici plus de 10 000 morts majoritairement civils. 3 millions de yéménites sont également considérés comme "en déplacement" autre expression pour réfugiés

Yémen : un silence controversé.

Pourquoi l'attention médiatique compte tant ? Les médias ont ce double rôle d'informateur et de représentation de la communauté internationale. L'attention portée par ces derniers sur n'importe quelle situation dans le monde vient qualifier ces derniers d'importants ou non. Sans oublier qu'ils permettent également de sensibiliser l'opinion publique qui, autre le fait qu'elle alimente les discussions au comptoir d'un bistrot, vient influencer considérablement les politiques gouvernementales qui elles, veulent éviter les scandales internes. C'est donc une lourde responsabilité qui incombe aux médias internationaux. 

Pourquoi le Yémen est-il donc passé sous silence ? Une des raisons émerge suite à l'affiliation du pays au régime terroriste dans les années 90 par l'Arabie Saoudite qui vaudra l'expulsion de 800 000 yéménites travailleurs vers leur pays d'origine. Pourquoi parler d'un pays qui alimente les réseaux terroristes et trouve son soutien en l'Iran ? Une seconde raison peut s'apparenter à l'intervention saoudienne qui est motivée par des intérêts autres que philanthropiques. Il y a clairement une volonté de légitimer les nouveaux dirigeants du royaume. Une troisième raison apparait dans une autre partie du globe : l'Occident a ce besoin vital de savoir qui sont les méchants et les gentils dans les histoires de guérillas régionales. Ici, la limite est plus que floue. Sans oublier que beaucoup de médias considèrent cette guerre non pas comme civile mais comme véritablement confessionnelle
En effet, il y a bien une opposition entre les sunnites et les houthistes (appartenant au zaydisme, un des trois courants du chiisme avec le chiisme duodécimain iranien et l'ismaelisme). Pour beaucoup, c'est donc une guerre entre musulmans plus qu'autre chose. Il y a grande complexité à expliquer un conflit dont les belligérants ont des cultures et des religions si minutieuses que cela devient presque obligatoire de passer par des années d'études pour comprendre l'étendue du conflit...

À l'heure actuelle, le conflit ne semble pas prêt de prendre fin. En effet, les rebelles subissent une divergence interne dans laquelle l'ancien président Saleh semble reprendre contact avec Riyad, ennemi juré de Téhéran. Un retournement de veste qui lui aura coûté la vie il y a de cela quelques jours... 

La situation au Yémen est donc plus qu'incertaine. Seule certitude cependant, les victimes civiles n'en finissent pas de tomber que ce soit par balle ou par le choléra...

Pour aller plus loin

1) L'ex-président Ali Abdallah Saleh a été tué.
2) Le Yémen depuis le départ du pouvoir d'Ali Abdallah Saleh.
3) Yémen : deux ans de guerre et de silence face au génocide du peuple

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