Démission d'Hariri : le Liban au bord de la crise.


Regarder House of Cards ou Dynastie sur Netflix pourrait s'avérer être une perte de temps quand on sait que le Moyen-Orient nous offre un spectacle similaire tous les jours. Avez-vous eu échos du dernier épisode ? La démission d'un premier ministre, l'anéantissement d'un ennemi et l'avènement d'un autre, la présence croissante saoudienne et la possibilité d'un attentat meurtrier dans quelques semaines. Voilà ce qui est joué en ce moment même au Liban

Le Moyen-Orient est - et sera toujours - le coeur des conflits entre occidentaux et orientaux. Un immense terrain de guerre qui ne cesse de se remettre en marche dès la moindre contrariété. Une plaque tectonique qui - à chaque secousse - a des répercussions mondiales. Au milieu de tout cela, le Liban persiste à se faire une place malgré le fait qu'il ne soit plus que l'ombre de lui-même... Nouveau coup dur par ailleurs. Le Liban se voit abandonné par son Premier ministre Saad Hariri. Un personnage qui évoque plus par son nom que par ses actions. 

Rafiq Hariri (père de Saad) était un grand homme d'affaire et politique libanais (sunnite). Il a notamment été président du conseil des ministres libanais de 1992 à 2004 mais reste connu pour son combat contre l'influence syrienne dans son pays. Un combat qui lui aura coûté la vie puisqu'il sera victime d'un attentat le 14 février 2005. Une mort qui a eu de grandes répercussions puisque cet évènement marqua le début de la Révolution du Cèdre (actions multiples menées au Liban dans le but de virer les syriens du territoire libanais) et le retour de Michel Aoun (actuel président du Liban). 

Vous l'aurez compris, les Hariri sont des figures emblématiques du Liban qui - dès qu'elles sont touchées - secouent le pays. 
La démission de Saad Hariri n'engage rien de bon surtout qu'il entretient les mêmes rapports privilégiés avec la famille royale saoudienne et qu'il mène un combat - plus discret que celui de son père - contre l'influence syrienne mais surtout iranienne. 

En effet, Hezbollah (organisation terroriste chiite iranienne) accroît son influence au Liban depuis qu'il a entreprit un processus de quasi-éradication de l'Etat Islamique (organisation terroriste salafiste irakienne) tant au Liban qu'en Syrie. 


"Les dirigeants libanais ont le choix de faire de leur pays un État de terrorisme ou de paix"

Cette influence croissante et la réclamation d'un pouvoir plus important au sein du gouvernement des chiites ont imposé au Premier ministre de se dresser contre le monstre syrio-irannien. Le Liban est bien trop faible pour se défendre seul... C'est un pays aux plaies encore ouvertes et qui ne cesse d'enterrer les siens à la moindre secousse politique dans la région. L'Arabie Saoudite comme soutien n'est pas de trop. Surtout qu'elle-même nourrit une haine invétérée pour l'Iran. Le ministre saoudien des affaires étrangères du Golfe, Thamer el-Sabhane, précisera que les dirigeants libanais ont un choix à faire suite à la démission du premier ministre... Soit leur pays tombe dans la tourmente qu'infligera un accroissement du pouvoir de l'organisation terroriste, soit il décide enfin de se relever et d'affirmer le Liban comme pays pacifique. 

La démission d'Hariri n'est donc pas une démission prise sur un coup de tête. Un message est lancé à l'encontre du gouvernement libanais. Cette situation de tutorat syrien est vécue de plus en plus difficilement et l'infiltration iranienne à travers Hezbollah au sein du gouvernement libanais ne peut plus être ignorée. Il n'y a plus qu'à espérer que la décision de Saad Hariri ne lui coûte pas ce qu'elle avait coûté à son père... Le Liban s'en relevera-t-il encore une fois ? 

Pour aller plus loin

1) L'édito de Ziyad Makhoul (L'Orient Le Jour)
2) Au Liban, la peur d'un nouveau chaos
3) Revue Au Compoir Incorrect n°1

Comptoir Incorrect

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Instagram