Affaire de Villiers : l'ultime provocation du président jupitérien.


La presse est pour une fois unanime quant au sort qui a été réservé au chef d'états-major des armées, le mercredi 19 juillet. Le Point parle d’une "première crise du quinquennat" , le Huffington Post "dénonce l’affrontement entre le martyr de Villiers et le chef Macron"  même Le Monde parle d'une démission qui suscite "une onde de choc". La démission de Pierre de Villiers, chef d'état-major des armées depuis 2014 suscite l'émoi chez beaucoup à l’exception peut-être de L’Obs qui n’hésite pas à soutenir que « la fachosphère adoube le général de Villiers » (au passage, L'Obs considère-t-il le soutient de Mélenchon au général comme étant l'indice de sa déviation inéluctable vers la fachosphère ?)


Bref, l’émulsion médiatique qui ressort de cette affaire n’est pas anodine puisque cette démission renvoie à la crise politico-militaire de 1961. Le bras de fer qui a eut lieu entre le chef des armés et le chef d'état-major laisse présager ouvertement le type de conduite politique et militaire que décide de tenir Macron. 


"Je suis votre chef. Les engagements que je prends devant nos concitoyens et devant les armées, je sais les tenir. Et je n'ai, à cet égard, besoin de nulle pression et de nul commentaire"

C'est par cette phrase prononcée par le président lui-même à l'hôtel de Brienne - face aux subordonnés du général de Villiers - qu'a été mis le feu aux poudres. Reçu comme une humiliation par le général et comme une provocation par le reste, il n'a pas fallu longtemps pour qu'une crise politico-militaire surgisse. La raison de cette phrase ? Une remise en question osée par le général - en huis clos - quant à la question de la coupure budgétaire de 850 millions imposée à la Défense par le président. Alors même que ce dernier - il est bon de le rappeler - clamait en promesse qu'il allait porter à 2% du PIB les dépenses militaires

Si vous trouvez que la crise politico-militaire de cet été à des allures de saga des bacs à sable, c'est très exactement le cas. Et c'est exactement de cette manière que le prend le président de la République. 


Attention cependant aux répercussions que cette attaque contre l’armée pourraient avoir. En effet, les soldats - par leur formation - ont pour règle de suivre les ordres du chef et de se taire. Oui mais quant ce dernier leur coupe les vivres  et que de surcroit il « fait démissionner » suite à une humiliation l'homme qui "ordonne et protège" l'armée... la suite du dialogue ne peut-être que compromise. Il ne faut pas oublier également que l’armée française est peut-être la seule entité qui a la côte auprès de l’opinion publique. Chose importante donc de gagner son respect si on veut gagner celui du peuple. Surtout dans un climat où l’opinion publique n’a jamais été aussi peu enclin à donner du crédit aux hommes politiques. 

Cette première crise laisse présager une présidence mouvementée pour un Macron qui se donne des ailes : mais Icare n'avait-il pas lui aussi des ailes ? 

Pour aller plus loin :
1. Putsch des Généraux 
2. http://www.lexpress.fr/actualite/politique/emmanuel-macron-de-jupiter-a-petit-chef-des-armees_1928775.html
3. http://www.valeursactuelles.com/societe/affaire-macron-villiers-lobeissance-ne-se-decrete-pas-le-respect-non-plus-86459

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